ZWEIG (S.)

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ZWEIG STEFAN (1881-1942)

Fils d’un industriel aisé, Stefan Zweig naît à Vienne. Il termine des études d’allemand et de langues romanes avec le titre de docteur en philosophie. De ses voyages innombrables, on trouve partout la trace dans ses écrits. Avec la Première Guerre mondiale s’opère en lui un clivage; il perd, dit-il, de son brio, de sa légèreté; lui restent quelques amis véritables et, par-dessus tout, son «amour passionné du Savoir». En 1934, il quitte Salzburg — où il s’était établi après la guerre — pour Londres, afin de rassembler le matériel nécessaire à sa biographie de Marie Stuart. Plus jamais il ne reverra l’Autriche, le fait d’être juif l’exposant aux persécutions nazies. Fatigué par une vie de déplacements, déprimé et désespéré, il se suicide avec sa seconde épouse, aux environs de Rio, en 1942. Le Brésil lui fera des funérailles nationales.

Il n’est vraisemblablement personne au monde qui ait lu in extenso l’œuvre de Zweig, œuvre pourtant traduite en de nombreuses langues. Sensible, très ouvert, Zweig était sans cesse disposé à aborder de nouveaux sujets. Par son langage, cependant, il appartient indiscutablement au XIXe siècle. Tandis qu’il écrit ses premiers poèmes, Zweig traduit aussi des vers français et trouve en Verhaeren son modèle. À dix-neuf ans, il publie un premier recueil, Cordes d’argent (Silberne Saiten ) et, un peu plus tard, son premier drame, Tersite (1907). Dans Jérémie (1917), action poétique en neuf tableaux, Zweig dépeint le personnage d’un prophète méconnu et méprisé. Il adapte également le Volpone de Ben Jonson et fournit à Richard Strauss le livret de La Femme silencieuse (Die schweigsame Frau , 1935).

Mais ce sont ses nouvelles qui le font connaître d’un vaste public. Presque toujours, leur intrigue tient dans l’irruption d’une violente passion au sein d’une vie jusque-là bourgeoise: ainsi La Confusion des sentiments (Verwirrung der Gefühle , 1927). Quoique Zweig ait lu Freud, ses récits sont plus tributaires de la psychologie courante que de la psychanalyse. Témoin son roman La Pitié dangereuse (Ungeduld des Herzens , 1938), où un jeune officier se fiance par charité avec une jeune invalide; celle-ci meurt lorsqu’elle découvre qu’elle n’est point aimée d’amour. À la lecture du livre, on ne peut s’empêcher de regretter que les préoccupations formelles aient à ce point pris le pas sur le contenu: «scènes à faire» exagérement mises en valeur, place abusive accordée au domaine des sentiments; en outre, la préciosité du langage ôte à l’action beaucoup de son impact sur le lecteur.

Si on peut adresser les mêmes reproches aux monographies littéraires de Zweig, il faut toutefois reconnaître la qualité de son travail. Une intensive étude des sources précédait la rédaction de chaque ouvrage: Zweig cherchait à éviter, dans une certaine mesure, «que la vérité psychologique ne soit colorée par sa propre imagination». Dès 1920, il consacre à Dostoïevski, à Dickens et à Balzac — on trouvera dans ses écrits posthumes un roman sur l’auteur de La Comédie humaine — le volume Trois Maîtres (Drei Meister ). Puis, dans Combat avec le démon (Der Kampf mit dem Dämon , 1925), ce sont des études biographiques sur Hölderlin, Kleist et Nietzsche. Leur fait suite, en 1928, Trois Poètes de leur vie (Drei Dichter ihres Lebens ): Casanova, Tolstoï et Stendhal. En 1931, enfin, Zweig écrit La Guérison par l’esprit (Die Heilung durch den Geist ), un monument à la gloire de Mesmer, de Mary Baker-Eddy et de Freud, de ce Freud, justement, qui dans sa correspondance avec Arnold Zweig traitait Stefan d’«élément perturbateur». Il est impossible, en vérité, de dresser la liste exhaustive des personnages auxquels Zweig s’est intéressé. Pour n’en citer que quelques-uns, rappelons les livres consacrés à Marie-Antoinette et Marceline Desbordes-Valmore, à Érasme, à Rilke et à Romain Rolland, qui était son ami.

Ne se contentant pas d’étudier les personnages qui, à un moment ou un autre, ont infléchi le cours de l’histoire, Zweig a dédié nombre d’écrits à des moments décisifs de l’histoire des hommes. Ainsi, dans les Heures glorieuses de l’humanité (Sternstunden der Menschheit , 1927), il rassemble douze «miniatures historiques», parmi lesquelles des textes sur la découverte du Pacifique en 1513, la composition de La Marseillaise , la bataille de Waterloo et le voyage de Lénine en train plombé.

Enfin, comme témoignages sur l’époque, il faut noter deux volumes autobiographiques, Rencontres avec des hommes, des livres et des villes (Begegnungen mit Menschen, Büchern und Städten , 1937) et surtout Le Monde d’hier (Die Welt von gestern , 1942, publié en 1948). Dans ces «Souvenirs d’un Européen» — sous-titre au Monde d’hier —, Zweig peint, peu avant de mourir, le tableau quasi intégral de la génération à laquelle il appartenait.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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